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La santé mentale de nos adolescents : prévention et prise en charge

L’adolescence est une période cruciale de la vie  où l’on se découvre, se construit et expérimente de nouvelles choses. Mais c’est aussi la période où l’on est le plus vulnérable. D’après l’OMS, environ 20% des adolescents souffrent de troubles mentaux (source). Au niveau mondial, le suicide est aujourd’hui la troisième cause de décès chez les jeunes de 10 à 19 ans (source). Parler de santé mentale et bien-être des adolescents n’est donc pas une chose à négliger puisque cela pourrait avoir un impact sur les étapes de la vie d’adulte.

Le Docteur Pauline Lefebvre, pédopsychiatre, médecin responsable de la Maison des Adolescents de Bobigny-Casita, a eu le plaisir de répondre à nos questions concernant la sensibilisation à la santé mentale des adolescents.

- Tout d’abord, le rapport de l’OMS de l’année 2015 stipule que 20% des adolescents ont un problème de santé mentale. Est-ce que ce chiffre vous choque ?

Dans beaucoup d’études, nous retrouvons des chiffres assez importants. Tout dépend de ce que l’on entend par problème de santé mentale. Est-ce qu’on parle de souffrances, de maladies ou plutôt de pathologies mentales ? Ce qui est certain, est que l’adolescence est un moment particulier où il y a une vulnérabilité du fait des transformations pubertaires, des quêtes identitaires qui caractérisent l’adolescence et qui font que c’est un moment de la vie où l’on est plus vulnérable, pas forcément malade mais où l’on pourrait avoir des souffrances qui s’expriment. Donc le chiffre ne me choque pas.

Quels sont les problèmes de santé mentale auxquels peuvent être confrontés les adolescents ?

Il y a des adolescents qui sont authentiquement malades, qui souffrent de pathologies psychiatriques et ceux-là ont besoin d’avoir un suivi par un médecin pédopsychiatre. On peut avoir des dépressions, même sévères ou des problématiques anxieuses invalidantes, diverses et variées telles que les phobies scolaires et sociales. Des adolescents peuvent souffrir de psycho-trauma car ils ont été victimes de harcèlement à l’école, d’agression physique, verbale ou sexuelle par exemple... On peut avoir des adolescents malades qui étaient déjà malades enfants au niveau psychiatrique et qui ont encore besoin de soins en grandissant. Enfin, on peut avoir des problématiques plus en lien avec l’adolescence sans être forcément des maladies. Nous avons par exemple des adolescents qui ont besoin d’un soutien psychologique et pas forcément psychiatrique car ils ont traversé des moments difficiles par rapport aux questions de l’adolescence. C’est le moment où l’on se sépare de ses parents et où l’on s’autonomise, où il y a les premiers émois amoureux voire sexuels, un moment clé de la construction identitaire… Tout ceci n’est bien sûr pas une maladie  mais peut être plus ou moins difficile à vivre pour les adolescents. Si on se retrouve seul confronté à toutes ces questions, cela peut entraîner des souffrances qui peuvent être une raison pour laquelle des adolescents viennent à la Maison des Adolescents, pour questionner les professionnels. Questionner sur qui ils sont. Qu’est-ce qu’ils ont envie de devenir plus tard… ?

Pouvez-vous nous présenter ce que vous faites à la Maison des Adolescents de Bobigny?

C’est une structure pour les adolescents de 11 à 21 ans où les adolescents, seuls ou avec leur famille peuvent venir, avec ou sans rendez-vous rencontrer différents professionnels. Nous avons des pédopsychiatres mais on ne vient pas uniquement pour des raisons psychiatriques puisqu’on peut venir rencontrer également des psychologues, des assistantes sociales, des éducateurs, des pédiatres, des psychomotriciens et des infirmiers, d’ailleurs c’est très souvent d’abord ce type de professionnels qui accueillent le jeune lors de sa première venue à CASITA. L’accueil se fait avec ou sans RDV. Le jeune peut venir seul, il sera toujours reçu, même pour parler juste 10 min (voir les coordonnées de la CASITA plus bas). La « porte d’entrée principale » à CASITA est ce qu’on appelle ici « la consultation d’accueil », comme son nom l’indique c’est une consultation qui permet d’abord de faire connaissance, de prendre le temps de comprendre la situation du jeune. L’idée est de faire une évaluation sur la santé générale  et l’état de bien-être psychique qui recouvre toutes les sphères de la vie des adolescents. Il s’agit notamment d’apprécier comment l’adolescent se sent à l’école, en famille,…, sa santé physique et psychique.

- Quels sont les signes qui doivent alerter sur la présence d’un problème de santé mentale chez un adolescent ?

Les parents, l’équipe pédagogique (enseignants, surveillants…) ou même les amis peuvent détecter et alerter sur l’existence d’un problème de santé mentale. Par exemple, un ami peut penser que son copain est en détresse et lui conseiller de venir à la Maison des Adolescents. Une particularité de la Maison des Adolescents est qu’on peut venir seul, avec un copain ou avec ses parents. Les signes qui doivent alerter sont tout changement de comportement : un repli sur soi-même par exemple. Un jeune qui, de façon générale aime sortir, aime aller voir ses copains, aller en cours, et tout d’un coup ou progressivement, on remarque qu’il se replie sur lui-même, qu’il ne veut plus sortir voir ses amis, qu’il ne veut plus aller à l’école ou qu’il a arrêté ses activités extra-scolaires, on pourrait penser qu’il y a derrière une tristesse ou une souffrance. Si un jeune se met à consommer du cannabis, de l’alcool … ou à augmenter ses consommations, ceci devrait alerter également. Il en est de même si l’on remarque des changements dans le comportement alimentaire de type anorexie, si le jeune est préoccupé de manière abusive par son poids (privation de nourriture, vomissement…)…

Quelles sont conséquences d’un problème de santé mentale non traité chez un adolescent ?

Je crois qu’il n’y a pas de question bête. Parfois, on peut avoir des moments où on va moins bien. Mais il n’y a pas de question bête. Si les parents ou les adolescents ont le moindre questionnement, ils peuvent passer à la Maison des Adolescents pour avoir des réponses. Parfois, on a besoin de passer seulement une, deux, ou trois fois et tout rentre dans l’ordre et il n’y a pas de suivi médical. Mais parfois, cela peut être plus grave que ce que l’on pense et si on ne prend pas en charge une souffrance quelle qu’elle soit, elle peut s’aggraver et entrainer une pathologie plus grave et plus longue à traiter.

Est-ce que le passage à la Maison des Adolescents est gratuit ?

Les trois premières consultations d’accueil et d’évaluation sont gratuites. Mais s’il y a un suivi, ceci sera pris en charge par la sécurité sociale, la mutuelle s’il y a, ou la CMU. Les honoraires sont conventionnés. Seules certaines consultations continueront d’être « gratuites », les psychothérapies avec les psychologues par exemple ne sont pas facturées, de même que les suivis socio-éducatifs.

Il y a une situation que rapportent souvent les parents : « Mon enfant revient de l’école et passe tout son temps à jouer aux jeux vidéo». Est-ce que c’est un problème pour vous?

Les jeux vidéo ne sont pas forcément un problème à diaboliser tant qu’il y a une dimension de plaisir et puisqu’ils peuvent développer certaines compétences chez les adolescents. Mais comme toute chose, ceci doit être dans une certaine mesure, à nombre raisonnable d’heures par semaine. S’il y a un repli, si l’adolescent ne va plus à l’école, s’il a des insomnies parce qu’il joue toute la nuit aux jeux vidéo ou s’il a un repli à domicile, les parents doivent effectivement s’inquiéter. Mais l’usage des jeux vidéo n’est pas pathologique en soi. Encore une fois, s’il y a une inquiétude, les parents peuvent venir nous questionner pour évaluer l’usage des jeux vidéo. Si les parents craignent une « addiction aux jeux » ils peuvent prendre RDV en CJC (Consultation Jeunes Consommateurs), nous en avons une à CASITA.

- Souvent les adolescents ont du mal à accepter qu’ils aient des souffrances psychologiques. Comment les parents peuvent les aider à traverser ce moment?

Quand les parents sont présents, c’est déjà important. Cela peut parfois prendre du temps car on n’a pas envie de tout dire à ses parents et de parler de ses souffrances ou de son intimité. Les parents posent la question à leur adolescent « Qu’est-ce qu’il y a ? ». La réponse ne viendra pas d’emblée, mais le fait de poser la question c’est leur montrer qu’on est présent quoi qu’il arrive. C’est très rassurant pour eux. Néanmoins, les parents peuvent proposer à leur enfant un suivi détaché de la famille, personnalisé et respectant leur intimité, et cela peut être un recours à un professionnel en leur proposant de venir par exemple à la Maison des Adolescents. Parfois, cela peut soulager d’avoir un endroit tiers qui n’est pas imbriqué avec la famille.

- Est-ce qu’il arrive aux parents de venir seuls consulter également pour avoir des conseils?

Oui, il arrive souvent que des parents viennent seuls car justement les ados n’ont pas envie de venir et ils ne savent pas comment faire pour leur proposer de consulter. Ils viennent se renseigner et nous les orientons sur la prise en charge la plus adaptée.

Les parents peuvent être réticents à emmener leur enfant consulter car ils pensent que la prise en charge est forcément médicalisée avec une prise de traitement psychotrope et cela peut être un frein pour prendre en charge une souffrance…

Les premières rencontres ne sont pas médicales. Ce sont des accueils pluridisciplinaires dont nous avons parlé. Dans un premier temps, notre équipe va faire une évaluation et un pédopsychiatre prendra le décours du suivi que si y a besoin de soins avérés. Ce n’est jamais d’emblée psychiatrique. Et de toutes les manières, un suivi pédopsychiatrique ne veut pas nécessairement dire prise de traitement médicamenteux car il y a tout un panel de soins et de prises en charge autre que les médicaments. Il y a des jeunes qui ont besoin de soins de l’ordre de la psychothérapie, d’espaces psychothérapeutiques,  il y a aussi des groupes et des ateliers thérapeutiques qui sont proposés par les professionnels de Casita. Dans ces cas-là, les adolescents sont en groupe pour les soins. Nous avons par exemple un groupe de Slam,  un groupe autours des arts plastiques, un autre sur « le théâtre », et un groupe axé sur l’expression corporelle… Donc, on ne prend pas forcément de traitement médicamenteux, surtout pas à cet âge. Mais parfois, c’est nécessaire quand il y a besoin mais jamais en première intention.

- Les jeunes du département de la seine-Saint Denis, du moins de Bobigny sont souvent stigmatisés et accusés d’être violents. Est-ce qu’il y a une différence de prise en charge entre un jeune de Bobigny et un autre ?

Nous recevons les adolescents de Seine-Saint-Denis comme tous autres adolescents. Il y en a qui viennent de bien d’autres régions voir de bien d’autres pays, les histoires sont multiples. On soigne tous les adolescents de la même façon. Un jeune adolescent de Bobigny est comme n’importe quel autre jeune adolescent.

- Avez-vous des suggestions ou remarques à faire?

Si on ressent le besoin de venir à la Maison des Adolescents, on peut toujours passer. Encore une fois, il n’y a pas de question bête quand il s’agit de la santé de nos enfants. La porte est grande ouverte aux parents et aux adolescents.

Site en ligne de la Maison des Adolescents de Bobigny :
http://cartosantejeunes.org/index.php/seine-saint-denis/article/332-mda93-casita

Téléphone : 01 48 95 73 01

Propos recueillis par Yousra Benseddik et Myriam Salah

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À propos de l’auteur

Yousra Benseddik

Je suis une attachée de recherche clinique de formation, membre active de l'Association Jeunesse Ambitieuse de Bobigny et responsable de l'accompagnement scolaire des primaires et collégiens. Mon objectif : faire bouger les choses autant que possible !

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